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Gran Scala : un nouveau Las Vegas

Un casino peut menacer l’environnement. C’est en effet, ce que certains écologistes ont déclaré, en apprenant qu’un consortium britannique s’apprête à construire, en plein désert, un gigantesque complexe proposant casinos, parcs à thème et boutiques. Construit dans l’une des régions les plus arides d’Espagne, ce complexe deviendrait le plus important d’Europe et le second mondial, derrière Las Vegas. Il devrait attirer 25 millions de visiteurs par an.

Gran Scala en chiffre

Ce projet pharamineux, prévu pour ouvrir ses porte en 2015, se nomme : Gran Scala. Après avoir envisagé Dubaï et la France, le consortium britannique International Leisure Development (ILD) a finalement choisi l’est de l’Espagne pour implanter son complexe. Une situation géographie idéale qui jouira des millions d’euros dépensés dans la ville voisine de Saragosse pour améliorer sa desserte et les transports en vue de l’Exposition universelle de 2008. Construit sur 2 000 hectares de steppe à Los Monegros, dans l’Aragon, le complexe proposera pas moins de 32 casinos avec des milliers de jeux (roulette, poker …), 70 hôtels, 232 restaurants et 500 boutiques. On pourra y découvrir des répliques de pyramides égyptiennes et de temples romains, un parc à thème sur l’univers de James Bond et, Espagne oblige, une arène pour les corridas. Un hôtel, celui de Spyland, serra même une copie du Pentagone. Ce projet de 17 milliards d’euros a été accepté par le gouvernement régional. En effet, prenant place dans le désert, où rien ne pousse, le complexe ne peut que rapporter de l’argent.

Des écologistes en colère

Ce n’est pas l’opinion de Greenpeace. L’organisation écologiste rappelle que le terrain prévue pour la construction se trouve être une réserve naturelle d’une grande richesse. Il convient donc de la protéger et n’ont de la détruire en la livrant aux promoteurs. « Los Monegros est un site d’une extraordinaire biodiversité naturelle, riche d’innombrables espèces originaires d’Afrique et d’Asie qui y prospèrent depuis 5 millions d’années », plaide Julio Barea, de Greenpeace. « Rien que ces cinq dernières années, on y a découvert 200 nouvelles espèces. Dans n’importe quel autre pays, un tel site aurait été transformé en un parc national strictement protégé. Ce que les politiciens aragonais sont en train de faire est honteux : ils disent qu’il n’y a rien qui vaille la peine d’être protégé, alors qu’il s’agit d’une zone riche en faune et en flore sauvages ». En plus de la construction néfaste pour la région, les besoins en eau du complexe seront énormes. Il risque de se passer la même chose qu’à Las Vegas où le fleuve Colorado s’est tari. « Ici, dans l’une des régions les plus arides d’Espagne, où trouvera-t-on toute l’eau nécessaire pour approvisionner Gran Scala ? ». Le consortium et les autorités ne sont pas de cet avis. Pour eux, les risques ne sont pas si grands. Lors du lancement du projet à Saragosse début décembre, le vice-président de la région, José Angel Biel, a martelé : « Aujourd’hui est un grand jour pour l’Aragon. Gran Scala soulève un immense espoir… Il est hors de question que nous laissions passer cette chance ».

Un bénéfice financier très important

En effet, le complexe devrait attirer les foules. 25 millions de visiteurs sont attendus par an, dont 80 % d’étrangers. La région pourrait compter sur 600 millions d’euros de recettes fiscales annuelles. De même, grâce à un assouplissement, introduit en 2007, de la réglementation sur les jeux d’argent, c’est près d’un milliard d’euros supplémentaire par an que le gouvernement central peut espérer engranger. Possédant des correspondances avec des compagnies aériennes à bas prix, et se trouvant à deux heures de vol de l’aéroport de Stansted, au nord de Londres, l’aéroport voisin de Saragosse s’annonce lui aussi providentiel. Le consortium entend ainsi toucher des millions de Britanniques mordu de jeux et sûrement déçu par l’arrêt du projet de supercasino à Manchester. En effet, ce projet, qui devait créer 2 700 emplois directs ou indirects, décidé sous Tony Blair a été gelé par l’actuel Premier ministre Gordon Brown, au nom des valeurs morales. Le complexe devait accueillir des équipements sportifs et de loisirs, une piscine, des boutiques, des bars, un night-club… et un casino avec pas moins de 1 250 machines à sous.

Une opposition politique

Certaines voix contestent les bénéfices phénoménaux que devrait rapporter Gran Scala. En effet, le nombre de visiteurs attendu représente quand même la moitié de l’ensemble des touristes étrangers en Espagne chaque année. De même, le parti de gauche aragonais Izquierda Unida (IU) est un farouche opposant à la construction du complexe. Il déplore, aux cotés des écologistes, ses effets néfastes sur l’environnement mais pas seulement. La glorification de la consommation de masse et des jeux d’argent de style Las Vegas les gène. « Cela dépasse l’entendement », déplore Adolfo Barrena, le coordinateur général du parti en Aragon. « Nous avons l’air de jouer les trouble-fête, mais nous sommes convaincus que ce projet mène à la catastrophe ».

Pour l’instant, de toute façon rien n’est encore fait. En effet, l’achat du terrain n’étant pas encore réalisé.

mardi 28 octobre 2008